Corneille Molière
Controverse sur l'utilisation d'algorithmes pour déterminer la paternité d'une oeuvre

Georges Forestier

Éléments biographiques

Georges Forestier est une figure, si ce n’est la figure, de l’étude du théâtre classique en France, et si l’on lui doit par exemple l’édition à la Pléiade des œuvres complètes de Corneille, mais aussi, en 2010, de celles de… Molière !

De sa bibliographie feuillue on retiendra par exemple deux ouvrages traitant de Corneille : Essai de génétique théâtrale. Corneille à l’œuvre, Paris, Klincksieck, 1996 et Corneille, le sens d’une dramaturgie, Paris, SEDES, 1998.

Position dans la controverse

Principal opposant à la thèse cornélienne, ce professeur de littérature à l’université de la Sorbonne (Paris IV), et, notons-le, spécialiste du théâtre du XVIIe siècle, propose une réponse à l’article de stylométrie de Cyril et Dominique Labbé, qui en 2001 offrit aux Cornéliens une ‘preuve scientifique’ en renfort à leur attirail d’arguments.

Un aperçu de cette réponse est disponible en ligne à l’adresse : http://www.fabula.org/atelier.php?Dossier_Corneille-Moli%26egrave%3Bre.

Il répond quasi-systématiquement au moindre argument publié sur le site de l’Affaire Corneille-Molière par un contre argument. Il semble donc qu’il se soit articulé un débat de la forme « attaque/défense » où Forestier est réactif face aux « attaques » cornéliennes.

Arguments

  • G. Forestier répond à l’observation selon laquelle, qualifié de « bouffon du roi », Molière avait de nombreux détracteurs et était l’objet de vives critiques de son vivant.

    Justement, Molière avait beaucoup d’ennemis, qui l’accusaient non seulement de plagiat vis-à-vis d’auteurs italiens et espagnols ou de contemporains, mais aussi d’être cocu voire même d’avoir épousé sa propre fille.Pourtant, aucun de ses ennemis ne l’a accusé de ne pas avoir écrit ses pièces. Si cela avait été le cas, G Forestier explique que les détracteurs de Molière, dont on vient de voir la véhémence, se seraient jetés sur cette opportunité de définitivement le décrédibiliser.

    Enfin, parmi ces détracteurs de Molière, Georges Forestier cite les frères Corneille, qui avaient lancé une cabale contre l’Ecole des Femmes, dans laquelle le comédien se moque ouvertement des titres de noblesse des Corneille. Comment donc, selon G Forestier, peut-on imaginer que Corneille ait écrit une pièce dans laquelle il se moquerait de son frère et de lui-même ?

  • A l’argument stipulant qu’aucune trace écrite des manuscrits et de la vie de Molière n’existe, il propose la réponse suivante :

    G. Forestier précise qu’à l’époque les écrivains ou dramaturges n’avaient pas l’habitude de conserver les manuscrits après publication.En outre, il ajoute qu’il en va d’ailleurs de même pour Corneille et Racine par exemple, à l’exceptions de notes ou traces éparses conservées par leur famille et, qu’à cette époque, il n’était pas d’usage de conserver les manuscrits après publication.

  • Un argument récurrent chez les Cornéliens est l’âge avancé de Molière lors de la parution de ses plus illustres pièces, qui selon eux porte à suspicion.

    G Forestier répond qu’au contraire, c’est là la preuve d’une évolution de l’œuvre de Molière, qui progresse jusqu’à l’illustre pièce comique qu’est L’École des femmes. Il donne aussi l’exemple d’Umberto Eco qui écrivit son premier roman Le Nom de la rose à quarante-huit ans.

  • En ce qui concerne la suspicion d’un pacte secret qui aurait été mis en place lors d’un séjour de Molière à Rouen et motivé du côté de Corneille par des problèmes financiers, G Forestier propose là encore un contre argument.

    La réponse que G Forestier propose est que les pièces que Molière joue à son retour, pendant quatre ans, sont des pièces qui datent d’avant ce séjour… Et, il faudra attendre la fin de ces quatre années pour qu’apparaisse L’École des femmes.Quant à  la thèse selon laquelle Corneille aurait eu des problèmes financiers, G Forestier la conteste en affirmant que c’est tout simplement faux. Il souligne à cet effet que Corneille trouve, lors de son arrivée à Paris en 1662, un grand succès ;  il précise également qu’il est d’ailleurs mort fort riche.

  • A la question du temps que demandait l’écriture de telles comédies, et qui fait dire aux Cornéliens que Molière n’en avait pas le temps, Georges Forestier retourne le problème en expliquant justement que Corneille avait justement énormément de travail de son côté.

    Durant la période durant laquelle Corneille est censé avoir écrit des pièces pour Molière, il publiait L’Office de la Sainte Vierge ? C’est là une œuvre ayant dû demander un énorme travail de traduction et de versification, et qui lui aurait difficilement laissé le temps d’écrire en même temps pour Molière.

Œuvres significatives

Intéractions avec d’autres acteurs

C’est aux arguments publiés par Denis Boissier sur son site que tâche de répondre Georges Forestier, et c’est là le nom couramment cité par lui lors de notre interview lorsqu’il veut faire référence à une figure du camp Cornélien.

Page personnelle

Sa page personnelle sur le site de la Sorbonne est disponible à l’adresse : http://www.cellf.paris-sorbonne.fr/annuaire/chercheur.php?idr=7&idc=59